Headshot of Dr. Jeffrey Hebert and quote Quel est le lien entre les maux de dos, d’une part, et les maladies cardiovasculaires et le diabète, d’autre part? Quel est le rôle de l’activité physique à cet égard? Nous nous sommes entretenus avec le Dr Jeffrey Hebert au sujet de ses recherches sur la dorsalgie et les autres troubles musculosquelettiques qui, espère-t-il, auront un impact sur la pratique clinique dans l’avenir.

Q : Parlez-moi de la recherche que vous effectuez actuellement.  

R : Nous étudions actuellement la façon dont les troubles musculosquelettiques sont liés à d’autres problèmes de santé, comme les maladies cardiovasculaires et le diabète. Nous voulons savoir si les maux de dos peuvent augmenter le risque de développer d’autres maladies et si l’activité physique a un rôle à jouer en ce sens. Pour tirer des conclusions, nous étudions deux groupes de population : les enfants/adolescents et les adultes de 65 ans et plus. Une grande partie de ce travail se fait en collaboration avec nos collègues danois de l’étude Childhood Health, Activity, Motor Performance Study (CHAMPS) et de la European Youth Heart Study. J’ai la chance de travailler avec plusieurs chercheurs éminents qui proviennent de divers secteurs, comme la chiropratique, la médecine et l’épidémiologie.

Q : Pourquoi ces deux groupes de population en particulier?

R : Chaque groupe offre divers types d’information. Par exemple, les adultes âgés de 65 ans et plus ont souvent déjà une maladie cardiovasculaire, tandis que les enfants et les adolescents peuvent présenter différents facteurs de risque de maladies futures. Nous avons fait récemment une étude sur quelque 1 000 enfants et avons découvert que les filles qui ont des maux de dos présentent des facteurs élevés de risque de maladie cardiovasculaire, comme une résistance à l’insuline, par rapport à celles qui n’ont pas mal au dos. Contrairement à notre hypothèse, l’inactivité physique n’explique pas totalement le lien entre les maux de dos et le risque de maladie cardiovasculaire, qui n’est d’ailleurs pas présent chez les garçons. Comme c’est souvent le cas dans la recherche, nous avons trouvé plus de questions que de réponses. Nous entreprendrons bientôt un projet visant à évaluer les changements relatifs aux risques de maladie cardiovasculaire chez les patients plus âgés qui subissent un traitement chirurgical pour la sténose vertébrale dégénérative.

Q : Pourquoi examinez-vous les maladies cardiovasculaires en particulier?

R : Comme chercheurs dans le domaine de la santé, nous essayons d’entreprendre les études qui ont le plus de chances d’être utiles à la société. Les maladies cardiovasculaires sont la cause la plus importante de mortalité dans le monde, tandis que la dorsalgie est la principale cause d’invalidité à l’échelle mondiale. Il est important de comprendre le lien entre ces deux types de maladie et d’essayer de déterminer ce qui pourrait être responsable de ce lien. Nous savons déjà qu’un manque d’activité physique est lié aux maladies cardiovasculaires et au diabète. Nous savons aussi qu’un grand nombre de troubles musculosquelettiques, comme la sténose vertébrale, empêchent les gens de faire de l’activité physique. J’aimerais déterminer si les troubles musculosquelettiques ouvrent la voie au développement d’affections plus graves.

Q : Quel sera l’effet de votre recherche sur les chiropraticiens?

R : Si nous arrivons à comprendre le lien entre les troubles musculosquelettiques et d’autres problèmes de santé graves, nous serons mieux à même d’influencer la vie des patients. Par exemple, un patient qui a de l’arthrose au genou peut avoir plus de difficulté à être actif physiquement. Et le fait de traiter efficacement la douleur d’un patient ne modifiera pas nécessairement son niveau d’activité physique. En fait, les habitudes en matière de santé restent souvent inchangées malgré une diminution de la douleur et une amélioration des capacités. J’estime que si, comme chiropraticiens, nous ne nous concentrons que sur la douleur et l’invalidité, nous laissons passer des occasions d’améliorer la vie des gens à long terme. La norme en matière de soins pour les patients souffrant de troubles musculosquelettiques devrait être de s’informer systématiquement sur l’activité physique de chaque patient et de lui faire les recommandations appropriées. La notion selon laquelle « l’exercice est un médicament » ouvre des possibilités importantes pour les chiropraticiens. Je suis très enthousiaste à l’idée de répondre à ces questions de recherche d’une manière qui permettra d’améliorer la pratique clinique dans l’avenir.
Le Dr Jeffrey Hebert est titulaire de la Chaire de recherche en santé musculosquelettique de l’Université du Nouveau-Brunswick (UNB) pour la Fondation canadienne pour la recherche en chiropratique. Il est également professeur agrégé à la Faculté de kinésiologie de l’UNB.
source: association chiropratique canadienne